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Comment témoigner en Cour

par Vincent Allard

Surtout en affaires, une personne peut être appelée à témoigner dans le cadre d'un procès. À titre de partie impliquée ou de témoin, elle doit suivre certaines règles, généralement non-écrites mais nécessaires à une saine administration de la justice. Nous vous en proposons quelques-unes...

  1. Contrairement à ce qui se passe aux États-Unis, vous témoignez debout, face au juge, sauf si vous souffrez d'un handicap physique permanent ou même temporaire (ex: une entorse) ou encore si votre âge avancé mérite considération spéciale. En de tels cas, demandez au juge la permission de vous asseoir. Même si l'habit ne fait pas le moine, votre tenue vestimentaire doit être convenable. Gomme à mâcher et bonbons sont à proscrire. Bien entendu, les télé-avertisseurs ("pagettes") et téléphones cellulaires auront été éteints avant votre entrée dans la salle d'audience.

  2. Du début à la fin de votre présence à la Cour, soyez humble et d'une politesse exquise: les parties et leurs avocats, de même que le juge, le greffier et le huissier-audiencier apprécieront votre respect du processus judiciaire et vous rendront immédiatement la pareille. Lorsque vous vous adressez au juge, utilisez simplement les mots «monsieur (ou madame) le juge» ou encore «votre Seigneurie». Ne tutoyez pas les avocats, même celui qui défend vos propres intérêts. Les blagues et jeux de mots n'ont pas leur place lors d'un procès.

  3. Vous pouvez témoigner dans la langue de votre choix. Utilisez celle que vous maîtrisez le mieux, tant au niveau de la compréhension que de l'élocution. S'il le faut, les services d'un interprète pourront être retenus.

  4. Lors de votre témoignage, ne regardez pas l'avocat qui vous questionne, mais plutôt le juge et ce, en tout temps. C'est à lui que vous vous adressez à titre de partie impliquée ou de témoin. Et regardez-le droit dans les yeux. On dit que ceux-ci sont le miroir de l'âme: le juge saura donc apprécier l'ensemble de votre langage, tant verbal que non-verbal.

  5. Écoutez les questions jusqu'au bout avant d'y répondre. Ne coupez pas la fin d'une question par le début de votre réponse. Deux oreilles, une bouche: utilisez ces organes en proportion de leur nombre... Si vous ne comprenez pas le sens d'une question (surtout si celle-ci est longue), demandez à l'avocat de la répéter: votre réponse présuppose toujours votre compréhension. Si la question posée est suggestive («N'est-il pas vrai que...?»), soyez mentalement en accord avec chacune des facettes de l'énoncé émis par l'avocat avant de répondre par l'affirmative. À défaut, exprimez simplement votre désaccord par «Non» et expliquez pourquoi.

  6. Ayez une élocution normale, ni trop lente ni trop rapide. N'ajustez pas la force et la vitesse de votre débit vocal à celles utilisées par l'avocat qui vous questionne (surtout de la partie adverse). Ajustez-les plutôt à la capacité du juge de vous entendre, de vous écouter et de transposer par écrit l'essentiel de votre témoignage!!!

  7. Répondez honnêtement aux questions posées: la vérité, toute la vérité, rien que la vérité... N'oubliez jamais que vous êtes sous serment. Un parjure ou faux témoignage est réprimé sévèrement. Répondez clairement et sans détour: ne louvoyez pas. De toute façon, le juge et les avocats finissent inévitablement par s'en apercevoir! Ne répondez pas à une question par une question: c'est vous qui êtes témoin et non l'avocat, malgré l'antipathie que vous avez pu développer à son égard au cours de l'interrogatoire qu'il vous fait subir.

  8. Soyez précis dans vos réponses. Dans la mesure du possible, il faut éviter les expressions telles que «je ne sais pas», «c'est possible», «peut-être», «sans doute», «je ne m'en rappelle pas» et autres du même acabit. La mémoire est peut-être une faculté qui oublie, mais encore faut-il la solliciter un peu avant de hausser les épaules.

  9. Dès que vous entendez le mot «Objection!», généralement lancé de façon vigoureuse par l'autre avocat, cessez immédiatement de parler et attendez l'issue du débat engagé sur le bien-fondé de la question ou de la partie de réponse «litigieuse». Le juge tranchera et vous ordonnera ensuite de répondre ou de passer outre à l'objet du débat.

  10. Lorsque l'arsenal des questions aura été épuisé par chacun des avocats en présence et si vous n'êtes que témoin, demandez au juge votre «libération». Généralement, celle-ci est accordée sur le champ et vous pourrez alors vaquer à vos occupations régulières, l'âme en paix, la conscience tranquille et avec le sentiment du devoir accompli...!!!

Vincent Allard
jurifax@jurifax.com

Copyright © 1999. Vincent Allard. Tous droits réservés.

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